• Hugues Martinat

La punition et le chat : que faut-il faire ?



Cela fait maintenant longtemps que je projette d’écrire ce papier sur la punition et le chat, car je tombe très régulièrement sur des conseils aberrants, voire maltraitants, qui laissent les gens sans solution face à l’éducation de leur chat.

Oui, un chat peut s’éduquer. Oui, un chat peut comprendre ce qui est autorisé et ce qui ne l’est pas, encore faut-il bien communiquer avec lui, et ne pas utiliser des méthodes qui risquent de dégrader votre relation.

Je vous propose donc de voir dans cet article quelles sont les erreurs d’interprétations et les punitions les plus courantes. Je vous expliquerai ensuite pourquoi celles-ci ne fonctionnent pas et quelles conséquences elles peuvent avoir sur votre chat et la relation que vous entretenez avec lui. Enfin, je répondrai clairement à la question suivante, faut-il punir son chat et si oui, comment ? Qu’est-ce qu’une punition « réussie » et comment éduquer son chat afin qu’il ne fasse plus de bêtises ?


Au secours, mon chat fait des bêtises !

Prenons un exemple courant que nous suivrons tout au long de cet article : votre chat griffe sans arrêt l’angle du canapé tout neuf. C’est exactement le type de situation récurrente qui vous agace, et qui fait l’objet de réprimandes ou punitions envers le grand coupable, votre chat. Précisons d'ailleurs que le chat n'a pas conscience de faire une bêtise, il émett un comportement et interagit avec son environnement, c'est tout! 

Et vous avez beau tout faire, il y revient le bougre, plus têtu que jamais… La GUERRE EST DÉCLARÉE, votre mission : sauver le canapé !

Alors, sans perdre une minute de plus (et un accoudoir!) vous tapez frénétiquement sur internet, déambulez dans les groupes « spécialisés » sur le chat afin d’y chercher des conseils. Et là miracle, une ribambelle d’article sur Google, ou de gens bien intentionnés sur les réseaux sociaux vous donnent mille et un conseils, passons-en quelques-un en revue.


Les anthropomorphismes et projections !

Avant les conseils, on a les explications, car souvent on ne comprend même pas ce que notre chat veut nous dire, alors des gens nous l’expliquent… Malheureusement, souvent, il s’agit de mauvaises interprétations (de l’anthropomorphisme) à l’origine de l’accélération du conflit ou des comportements gênants.

Les exemples les plus courants étant les suivants : les personnes qui vous expliquent que le chat « se venge » ou qu’il est « jaloux » (avec notre exemple cela pourrait donner : « il préférait l’ancien canapé, alors il se venge en le griffant » ou « il est vexé ou parce que mon nouveau petit ami a dormi dans ce canapé alors depuis il le détruit, il ne l’aime pas, il est jaloux »).

Pour continuer le florilège, on a le fameux « il nous teste » montrant qu’une guerre des tranchées est déjà bien entamée entre le chat et le reste de la famille et qu’a priori on ne lui prête pas de bonnes intentions. Je terminerai, mais sans m’y attarder, sur le fameux « il est dominant » qui n’a de sens que pour l’humain et son organisation sociale, le chat ne cherchant à ne dominer rien ni personne.


Les punitions sur le chat, faites votre choix : « Tape sur le nez », « par la peau du cou » ou le « petit coup de vaporisateur »…

Vient ensuite le temps des conseils, le premier que l’on va vous donner c’est celui de hausser le ton et de dire « non » fermement. Ou encore, celui de vous agiter ou de le courser pour lui faire peur et « marquer le coup ». Bien évidemment, votre chat va s’enfuir, effrayé et la bêtise va temporairement cesser, jusqu’à la prochaine fois…

Ensuite, on va vous orienter vers le célèbre : « vous devriez le prendre par la peau du cou comme le fait sa maman » (avec la variante le « secouer par la peau du cou comme le fait sa maman »…).

C’est une grave erreur de faire cela, c’est douloureux et passé un certain poids, c’est même dangereux pour le chat ! Par ailleurs, trouvez-moi une vidéo où la maman prend son chaton par la peau du coup pour le gronder et le secouer éventuellement… ça n’existe pas. La maman prend en effet les chatons par la peau du cou pour les transporter, par exemple, lorsque tout bébé leur température ne se maintient pas seuls (ce qu’on appelle la thermorégulation). Lorsqu’ils se sont éloignés trop longtemps, la maman les prend pour les ramener au « nid » et les mettre au chaud contre elle afin de faire remonter leur température corporelle.

Le temps passe, les bêtises continuent, alors vous passez à l’étape supérieure, fort des injonctions des membres du groupe « Miaou, mon chéri », vous lui faites une tape sur le nez « comme le faisait sa mère pour le calmer » à chaque fois qu’il sévit sur l’accoudoir du canapé.

Encore faux, dans sa phase de sevrage comportemental, le chaton joue parfois violemment, il met les griffes, mordille… la maman va faire ce qu’on appelle l’autocontrôle des griffures et morsures en modérant ses attaques, en la plaquant au sol par exemple. Le problème c’est que votre chat, même chaton, sait très bien que vous n’êtes pas sa mère et de toute façon l’intensité de la pression que vous allez exercer avec vos doigts, n’est pas aussi subtile et proportionnée que ne le ferait sa mère en pareils cas, donc inévitablement vous faites mal là où la mère éduque. Cette punition n’est donc pas la bonne pour le dissuader de renouveler son comportement.


Qu’à cela ne tienne, il vous reste l’arme ultime, le vaporisateur, vous l’avez lu ! Et là, miracle, ça fonctionne, minou déguerpit et ne griffe plus… enfin quand vous êtes là, parce que bizarrement, le canapé continue à se dégrader mystérieusement la nuit ou en votre absence, votre chat à un peu changé, il n’est plus câlin du tout avec vous et vous évite même (ou est devenu un tantinet agressif)…

Quel est le conseil suivant ? Le jeter par la fenêtre ? Quelle maltraitance va-t-on pouvoir ajouter à cet arsenal déjà bien rempli ?


Vous constatez votre échec, vous êtes déprimé, car vous pensiez bien faire et ne savez plus quoi mettre en place pour faire cesser ces comportements et retrouver une relation harmonieuse avec votre chat … Lisez-vite la suite !



4 raisons d’arrêter les punitions traditionnelles sur votre chat.

  1. Si vous êtes obligé de brandir votre vaporisateur six fois dans la journée, c’est que votre chat n’a pas bien compris le message ou que vous n’avez pas fait ce qu’il faut, ainsi cela ne fonctionne pas ! Quand cela fonctionne, le chat ne fait plus ses griffes sur le canapé, mais au bon endroit, et nul besoin de vaporisateur. Et puis cette punition n’est conditionnée qu’à votre présence, si vous n’êtes pas là le chat sait pertinemment qu’il peut faire le comportement que vous lui interdisez, il n’est pas dupe…voici donc, la première raison d’arrêter et de s’y prendre autrement, cela ne fonctionne pas et c’est uniquement conditionné à votre personne et présence.

  2. Ensuite, peut-être qu’il n’est pas en mesure de comprendre votre message, car ces punitions le mettent dans un tel inconfort émotionnel qu’il n’arrive plus à penser, réfléchir, et donc comprendre et apprendre… Un chat qui est dans des émotions négatives n’est pas en mesure de modifier son comportement positivement, voici la seconde raison (vous perdez donc votre temps en plus de vos nerfs et mettez votre chat dans un état émotionnel pas cool du tout).

  3. La troisième raison c’est que vous allez aggraver voire catalyser le phénomène, ou en créer d’autres. Je m’explique, si le comportement qui vous gêne (les griffades sur le canapé par exemple) n’est pas satisfait (car oui c’est un besoin naturel du chat), il y a des chances que votre chat développe des troubles du comportement ou un mal-être.

  4. Enfin, quatrième et dernière raison, imaginez une situation, faite le jeu vous-même : allez voir un ami et sans rien lui expliquer, vous lui donnez une petite tape sur le nez, ou un cou de jet d’eau. Vous répétez l’opération sur tout l’am, des dizaines de fois par heure, je peux vous assurer que, même si le premier quart d’heure il rira bêtement sans comprendre, je fais le pari qu’avant la fin de la journée, il vous en « collera une » ou vous fuira à toute jambe. Il se sentira vite agressé, même par un inoffensif jet d’eau. Ainsi, et de la même manière, il est évident que toutes ces punitions sont vécues par les chats comme des agressions.

La conséquence c'est la dégradation de votre relation par la peur, la crainte, la méfiance qui sont des émotions dans lesquelles aucune belle relation ne peut s’établir.

Enfin, pour moi, le vaporisateur est une méthode maltraitante mais elle est en quelques sorte "déculpabilisante" pour l’humain... un jet d’eau ça ne fait pas mal, mais finalement le jet d’eau est le prolongement de votre main, vous « frappez » donc chat avec de l’eau… ça fait moins mal certes je vous l'accorde, mais ça n’en reste pas moins le même geste (dans tout son sens, physique et spirituel) et finalement le même échec.


La bonne méthode pour éviter les bêtises de votre chat en 3 étapes.

Alors, comment faire me direz-vous ? Comment lui faire comprendre qu’il y a des comportements acceptés et d’autres qui ne sont pas convenables. Faut-il le punir et si je ne le punis pas, comment le saura-t-il ? Voici quelques clés…

  • Première étape : comprendre pourquoi votre chat fait cela ! Il est primordial de se poser cinq minutes, d’observer son chat pendant sa bêtise si besoin afin de saisir la finalité de son comportement : quel besoin cherche-t-il à satisfaire ?

  • Seconde étape : laisser s’exprimer le comportement en le réorientant de manière acceptable ou sur un support acceptable (on peut aussi supprimer le déclencheur du comportement de votre chat si cela ne nuit pas à son équilibre émotionnel). Ne pas oublier de récompenser le nouveau comportement, afin de le renforcer et d'encourager le chat à le reproduire. Je vous invite d’ailleurs à lire mon article sur la récompense et le renforcement positif en cliquant ICI.

  • Troisième et dernière étape : la punition, en parallèle, pour décourager le comportement indésiré. Je ne dis donc pas qu’il ne faut pas punir son chat, je dis qu’il faut le punir correctement et intelligemment. Il faut transférer la punition de l’humain vers l’environnement, c’est lui qui doit punir, non l’humain. En ajoutant ou en enlevant quelque chose à l’environnement, on va ainsi modifier la séquence comportementale qui pose problème. C’est l’environnement qui est désagréable et non plus l’humain, ce qui préserve la relation Homme-Animal.

Et là on pourrait me répondre « mais oui, mais si il ne me voit pas lui donner le jet d’eau, il pensera que c’est l’environnement et donc ça fonctionnera » : non, car c’est toujours conditionné à votre présence et sans vouloir ne vexer personne, je pense que ce sera réussi une fois sur 100, votre chat vous verra le reste du temps, vous serez maladroit, bref, oubliez…

Pour que la punition soit efficace et non traumatisante pour le chat et votre relation, elle doit donc répondre à plusieurs critères :

  • Elle doit être indépendante de l’humain (environnement).

  • Simultanée au comportement à dissuader.

  • Elle doit être d’intensité proportionnée (comprendre modérée).



Petit exercice pratique avec notre exemple du chat qui griffe le canapé…

  • Comprendre le comportement du chat

Là, ce n’est pas bien difficile à comprendre et analyser, et puis nous le savons tous, le chat a un besoin de griffer. Pour entretenir ses griffes, se détendre, par plaisir, mais surtout par stratégie de marquage de son environnement. Il dépose des molécules odorantes et lacère le substrat pour montrer qu’il vit ici !

Il est donc primordial que l’endroit soit visible, cela nous donne un indice sur le lieu où installer le griffoir que nous allons devoir acheter.

  • La gestion de l’environnement. (la punition)

Imaginons une solution qui rende désagréable l’environnement de la bêtise (en l’occurrence ici notre accoudoir de canapé) : si nous scotchons temporairement sur l’accoudoir du papier aluminium ou que nous y mettons du scotch double-face (c’est ce qu’il y a de plus efficace dans 98% des cas), cela va rendre l’environnement désagréable et le dissuader d’exprimer son comportement à cet endroit!

Voilà ce que doit être une punition, elle émane de l’environnement et ne provoque en rien ni souffrance physique ni souffrance psychologique, elle rend juste l’environnement désagréable.

  • La redirection du comportement et la récompense

Vous me direz, oui, mais il va aller griffer et exprimer sa bêtise ailleurs. Vous avez raison si l’on s’arrête là, mais ce qui suit est aussi important que ce que je viens de vous expliquer.

Chercher à dissuader un comportement naturel est vain, il faut vous assurer qu’il puisse s’exprimer. Dans notre exemple, un griffoir que l’on mettra non loin du canapé fera l’affaire.

Ensuite, à chaque fois que votre chat se dirigera vers l’angle du canapé, vous laisserez le chat constater que c’est désagréable (le scotch) et l’inviterez (en le prenant délicatement) à griffer sur le griffoir non loin (au besoin l’approcher du canapé au début).

Au commencement, pour l’encourager et renforcer son comportement, vous lui donnerez une toute petite friandise dès qu’il aura griffé le bon endroit (il faut donc les préparer avant, car vous n’aurez pas le temps d’aller les chercher).

Pour en savoir plus sur la récompense et le renforcement positif chez le chat, cliquez ICI .


C'est maintenant à vous de jouer...

Si vous êtes dans le bon timing et que vous répétez ces actions, votre chat comprendra vite qu’il y a un comportement qui lui amène une chose sympathique alors que le même comportement ailleurs ne lui rapporte rien de bien agréable. Le principal pour lui étant de le satisfaire, faites confiance en son intelligence, il discriminera vite quel est le bon comportement à renouveler, celui sur le griffoir.

Et cela peut fonctionner pour à peu près tout : un autre exemple répandu, le chat qui monte sur le plan de travail ou la table, nous pourrions (outre ne jamais rien laisser traîner à manger pour éviter la tentation et donc de renforcer le comportement) mettre quelque chose de désagréable sur le plan de travail (le scotch par exemple) et laisser régulièrement des friandises au sol : il comprendra vite quel est l’endroit le plus « payant » pour lui…

J’ai d’ailleurs écrit un article sur ce sujet pour WAMIZ, je vous invite à le lire en cliquant ICI.


Bref, vous voyez, nul besoin de devenir un pantin articulé d’un vaporisateur au bout du bras pour éduquer son chat, et préserver la qualité de votre relation intacte.

Si vous ne parvenez pas à comprendre votre chat ou mettre en place les bonnes solutions, je suis à votre disposition pour un RDV à votre domicile ou à distance via la vidéo !


Si vous avez aimé cet article merci de le partager et le diffuser largement sur les réseaux sociaux afin d’aider les personnes concernées qui cherchent une information sur le sujet.

Vous pouvez aussi liker et en commenter l’article, je me ferais un plaisir d’en discuter avec vous !


À très bientôt.


Pour une consultation en comportement de votre chat, c'est par ICI


Hugues Martinat

Comportementaliste spécialiste du chat

www.equilicat.com

www.comportementaliste-specialiste-du-chat.com

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